Minimal Banking

Penser au plaisir

A la suite de ma quête minimaliste qui m’a fait découvrir la joie de vivre avec seulement 43 objets, je me suis demandé comment appliquer le minimalisme à d’autres pans de ma vie. L’un d’entre eux étaient mes finances. Existe-t-il du minimal banking? Comment être certain que les maigres économies que je confie à ma banque sont utilisées suivant mes valeurs? Comment devenir un acteur d’une banque et d’une finance responsable?

Quel est le problème?

La première question à se poser c’est déjà: Y a-t-il un problème avec ma banque? Premier élément de réponse je me suis rendu compte que je n’avais pas une banque mais 5 banques. A force de céder à des offres de type « 80€ offerts pour toute…. » je me suis retrouvé à avoir des comptes partout. Certains d’ailleurs que j’avais oubliés et dont je recevais une lettre une fois par an. Donc j’ai commencé par entreprendre un recensement. Surprise j’ai remis la main sur quelques menues sommes.

Pour la banque principale dans laquelle je fais verser mon salaire, j’ai été alerté par quelques affaires. La première, l’affaire Kerviel, qui a fait verser à ma banque quelques 4 milliards d’Euros dont on n’est pas du tout certain qu’elle les ait réellement perdus. De surcroît j’apprenais que cette banque continue de financer des entreprises qui concourent à des projets de centrales à charbon en Asie et ailleurs. Et ce en dépit de l’engagement des banques françaises* pris lors de la COP21. Horrible! Pour moi qui fait tous mes trajets en vélo, me douche avec 14 litres d’eau, reprise mon jean quand il est dechiré, et fais pipi sous la douche, c’était insoutenable.

Trouver ma banque toute simple et ça me va bien

Hourra! Après quelques recherches rapides sur mes sites favoris: Enercoop, Terres de Liens et tout le réseau associatif éveillé, je tombe sur la NEF. Une banque coopérative et éthique qui fait la parfaite transparence sur tous les projets qu’elle finance grâce à l’épargne qui lui est confiée. Aussitôt dit aussitôt fait j’ouvre à la NEF un compte à terme. Malheureusement la NEF n’a pas encore la possibilité de proposer des comptes courants pour les particuliers. Je me suis donc mis en quête d’une banque de détail qui pouvait me proposer une carte bleue, tout en respectant les mêmes règles. Je suis tombé sur le Crédit Coopératif, qui reste adossé à un grand groupe bancaire (BPCE).

Après un processus parfaitement, lent mais très amical avec ma nouvelle conseillère qui s’appelle Héloïse, j’obtiens ma nouvelle carte, qui n’est ni Premium, ni Gold, ni Je-Sais-Pas-Quoi. Elle est toute simple et ça me va bien.

Clôturer tous les autres comptes

Restait une dernière étape, clôturer tous mes autres comptes, transférer les contrats, les livrets et tous les supports soit-disant indispensables qu’on m’avait extorqué. Là ce fut une drôle d’histoire. Jamais je n’avais eu droit à autant d’égards. Mais Monsieur Roubin pourquoi nous quittez-vous? Après 25 ans n’êtes-vous plus content? Que peut-on faire pour vous qui êtes l’un de nos clients privilégié? Et si vous gardiez juste un petit compte chez nous, par sécurité? etc. etc.

Alors j’ai expliqué, patiemment. J’ai montré des articles de presse, j’ai dit que je ne pouvais plus me rendre complice de certains agissements de ces établissements. J’ai dit que nous allions être de plus en plus nombreux à exiger des banques des actions concrètes en faveur du climat. Ils ont été plusieurs à m’écouter. Notamment ma conseillère de la Société Générale, elle m’a dit qu’elle comprenait. Et en même temps elle avait la climatisation qui tournait à plein régime en pleine période de canicule. Et puis, ultime geste avant de les quitter définitivement, j’ai fait inscrire dans leurs systèmes informations les raisons profondes de ma demande de divorce.

Petit colibri: faire sa part et vivre léger

Quand j’ai eu tout terminé je me suis senti léger, et heureux. Je me suis senti tranquille avec ma petite banque coopérative en poche. Et maintenant quand je passe à ces croisements parisiens où parfois on compte une banque par coin, je me dis que mon argent servait à payer leurs loyers indécents, leurs clim survoltées, et pire, leurs investissements dans projets pollueurs et irresponsables.

Les banques sont un univers de confiance, elles sont au coeur du système économique, et pour ainsi dire nous leur donnons tout. L’une a-t-elle des difficultés, aussitôt nous la renflouons. L’autre est-elle prise la main dans le sac des paradis fiscaux, aussitôt sa faute est absoute. Elles sont l’objet de toutes les attentions. Et pour cause: tout repose sur la confiance que nous, citoyens, avons en elles. Or aujourd’hui pour maintenir cette confiance nous avons besoin qu’elles fassent autrement et plus. Parce que le monde est en train de changer, parce que les citoyens sont déterminés, et que toutes les institutions bancaires doivent écouter et accompagner ce mouvement. Sans quoi la confiance pourrait disparaitre, et le système s’effondrer.

Aujourd’hui chacun peut faire sa petite part pour contribuer à un monde plus respectueux de ce que nous avons et plus accueillant pour les générations futures. Les opportunités sont légions dans tous les domaines de nos vies quotidiennes. On pourra notamment trouver 1001 petites idées recensées par Le Journal Minimal dans sa série Le Petit Geste.

* Voir le site de la Fédération Bancaire Française: COP 21 : les banques françaises mobilisées pour le financement de la transition énergétique