Le minimalisme, un acte politique radical (1)

Minimalisme un acte radical

Chers amis, pourquoi le minimalisme est-il un acte politique radical?

Le minimalisme, un acte radical

On l’a vu le minimalisme prend son inspiration profonde dans la conscience aiguë de que les ressources à notre disposition sont limitées; et que si nous voulons continuer à en profiter, toujours plus nombreux, ou si tout simplement nous souhaitons léguer à nos enfants un monde aussi bien que celui que nous avons connu, alors il est très nécessaire d’en préserver les ressources. Cette manière d’être là est un acte radical. Une disruption profonde. Un acte radical qui va se décliner en de multiples terminaisons qui vont guider et structurer notre action.

Un corolaire premier corolaire est évidemment économique: le nombre des objets, leur usage et leur réemploi, en amont de ça le questionnement sur le fait de les acheter neufs, leur provenance, le coût écologique de leur production, les modalités de leur distribution; en aval le recyclage, la réparation, le cycle de fin de vie. Ce sont toutes les externalités. Peut-être si vous êtes courageux les amis, aura-t-on le temps d’en reparler 😉
Quels sont les corolaires esthétiques? Porter peu de vêtements, disposer pour toutes nos activités de peu d’objets. Faire avec l’essentiel, ajuster le geste à l’outil, affiner la précision de nos manières de faire telle ou telle chose. Je cours, j’ai une paire de chaussures, elles ne sont pas spécialisées pour tel ou tel type de bitume ou de chemin, ce sont juste des chaussures. Elles font du mieux qu’elles peuvent. Elles ne courent pas à ma place, c’est moi qui cours. Elles ne m’assistent pas, c’est moi qui pose mon pied. Elles ne suppléent à rien que je ne puisse faire moi même. Dans ce sens là le minimalisme est une esthétique.

Sur quel pied danser?

Je n’ai qu’un short, et je cours; c’est l’hiver, j’ai froid. Oui c’est normal car c’est l’hiver. Cette simple phrase peut paraître presque idiote. « Je cours, c’est l’hiver, j’ai froid » et pourtant elle est fondamentale. Déjà dans sa forme est elle minimaliste. Dans ce qu’elle nous dit elle relie ma décision « je cours », avec son environnement « c’est l’hiver », et son corollaire « j’ai froid ». Et les trois éléments forment le fondement de mon acte politique. D’abord la décision, le projet, la volonté. Ensuite l’environnement, les conditions, et le milieu. Enfin le corollaire, ressenti, assumé, comme la part entière des deux propositions qui le précèdent. Une seule et même chose. C’est un peu abstrait, je m’explique.

« Je cours », c’est ma décision, mon souhait, mon plaisir. J’aime courir, ou je dois courir. Pour un milliard de raisons il faut que je cours. Pour faire plaisir à ma femme, à une certaine conception de l’élégance qui me veut svelte en toutes circonstances. Pour afficher mon kilométrage sur les réseaux sociaux. J’ai décidé de courir, et donc je m’équipe d’une foule d’accessoires pour assoir ma décision. Ma volonté se technicise, elle s’étoffe de technologie. Je monitore mes PPM, j’atteins ma VMA, je log les coordinnées GPS, je triangule le WIFI, le maîtrise le RPS. Cette vision technicienne repose sur le prima de la volonté, elle vise à suppléer à la décision. Je cours c’est ma décision souveraine, la technologie m’aide moins à contrôler l’environnement – je ne réchauffe pas la température extérieure, l’hiver reste bien l’hiver – qu’à étendre ma volonté et dépasser la nature.

« J’ai froid », ah oui c’est embêtant ce froid. Ces petits points sur la peau, ce frisson qui me parcourt jusqu’en bas du dos. Je tremble comme un poney dans le sousbois, couvrant les oreilles, rassemblant mes bras, collant ma peau à ma peau, soufflant dans mes mains. Un T-shirt à manches longues en Lycra, un bonnet en membrane respirante de préférence, un collant ergonomique, un short Nike sur le collant, des manchons de compressions pour faire revenir le sang, un K-Way en GoreTex, des gants, des chaussures Asics, des chaussettes double couche. Le froid?! À d’autres! Le froid ne passera pas par moi. J’altère ma sensation. Je me préserve de l’environnement. C’est le prima de l’action.

Manifestement ces deux chaussures là ne vont pas me permettre d’aller très loin.

Le prima de l’environnement

« C’est l’hiver » il fait trop froid, on ne va pas courir. Courir c’est pour l’été ou le printemps. L’hiver est une terre gelée, un sol nu. Au printemps viendront les semis, les frondaisons sur le feuillage renaissant. Au début de l’été les moissons, et une lente décroissance vers l’automne de la terre, la raideur des feuilles et le retour du sommeil de l’hiver. Il fait trop froid n’allons pas courir. C’est le prima de l’environnement sur l’action. Je remets ma course à plus tard, au « bon moment ». Évidemment c’est une position qui n’est plus tellement en vogue et il faut la réhabitiliter!

Dans mon choix de courir, avec mon seul short car c’est le seul vêtement que j’ai retenu dans mes 43 objets, dans ma responsabilité d’aller chercher ce froid sur ma peau, de l’équilibrer avec ma seule chaleur produite par mon pas, je conduis un acte politique radical. J’accèpte le prima de l’environnement plutôt que de chercher à m’en préserver, je conduis toutefois mon action dans son sein, j’accueille la sensation qui en découle. Je prends mes responsabilités comme on dit. Je gère, j’assume. En cette fin d’hiver 2017-2018, je peux dire combien cet hiver a été dur. Dur mais plaisant, joyeux de faire avec le froid, joyeux de faire avec la pluie. Avec les copains nous avons couru 2 fois par semaine, couru dans la neige aussi. Jamais je n’ai été aussi content de retrouver le printemps.
C’était un acte minimal, politique, radical, et source d’une joie immense.